Facture électronique : comment choisir sa plateforme agréée à 11 mois de l'échéance
Le 1er septembre 2026, toutes les entreprises devront pouvoir recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée. Le portail public gratuit ayant été abandonné, le choix d'une plateforme devient incontournable. Les questions à poser et les points d'intégration à anticiper.
par Jérémie Elbaz, Développeur Fullstack Réglementation
Il reste un peu moins de onze mois avant la première grande étape de la réforme de la facture électronique. Il y a un an, nous faisions le point sur le calendrier de la facturation électronique. Depuis, le paysage a changé sur un point décisif : l'État ne proposera pas de plateforme publique gratuite pour échanger les factures. Chaque entreprise devra passer par une plateforme agréée.
Voici où en est la réforme à la mi-octobre 2025, et comment choisir sa plateforme sans se tromper.
Quel est le calendrier de la facture électronique ?
Le calendrier officiel, rappelé par le ministère de l'Économie, est le suivant :
| Date | Réception de factures électroniques | Émission et e-reporting |
|---|---|---|
| 1er septembre 2026 | Toutes les entreprises assujetties à la TVA | Grandes entreprises et ETI |
| 1er septembre 2027 | — | PME, TPE et microentreprises |
Deux précisions importantes :
- les microentreprises sont concernées, y compris celles en franchise en base de TVA : elles restent assujetties à la TVA et devront recevoir des factures électroniques dès 2026 ;
- l'administration a annoncé une phase pilote à partir de février 2026, pour tester les échanges en conditions réelles avant l'échéance.
Pourquoi le portail public gratuit a-t-il été abandonné ?
À l'origine, la réforme prévoyait que le portail public de facturation (PPF) permette aux entreprises d'émettre et de recevoir gratuitement leurs factures, en alternative aux plateformes privées. En octobre 2024, le gouvernement a annoncé un recentrage du portail sur deux fonctions, comme le décrit l'AIFE, l'agence chargée de le développer :
- l'annuaire, qui indique pour chaque entreprise sur quelle plateforme elle reçoit ses factures ;
- le concentrateur, qui transmet à l'administration fiscale les données de facturation et de transaction.
Ce recentrage a été entériné par la loi de finances pour 2025. Conséquence directe : toutes les entreprises doivent choisir une plateforme agréée, même pour simplement recevoir leurs factures.
PDP, plateforme agréée : qu'est-ce qui a changé ?
Les plateformes que l'on appelait jusqu'ici PDP (plateformes de dématérialisation partenaires) sont désormais désignées comme des plateformes agréées (PA) par l'administration fiscale. Le principe reste le même : ce sont des opérateurs privés, immatriculés par l'administration après une procédure de contrôle, qui assurent :
- l'émission, la transmission et la réception des factures électroniques ;
- l'extraction et la transmission des données de facturation au concentrateur ;
- la transmission des données de transaction et de paiement (e-reporting).
À côté, des solutions compatibles (logiciels de facturation, de comptabilité, de gestion commerciale) peuvent préparer les factures et se connecter à une plateforme agréée, mais ne peuvent pas échanger directement avec l'administration.
La liste des plateformes immatriculées est publiée et mise à jour sur impots.gouv.fr. Par ailleurs, l'annuaire de la facturation électronique est ouvert au public depuis septembre 2025 : selon le ministère, près de 80 plateformes agréées y étaient déjà raccordées et plus de 120 000 entreprises y avaient enregistré leur adresse de facturation à son ouverture.
Comment choisir sa plateforme agréée ?
1. Partir de vos outils actuels
La première question n'est pas « quelle plateforme ? » mais « quel logiciel produit mes factures aujourd'hui ? ». Beaucoup d'éditeurs de logiciels de facturation ou de comptabilité sont eux-mêmes plateformes agréées ou partenaires de l'une d'elles. Si votre outil actuel propose une connexion intégrée, c'est souvent le chemin le plus simple.
Demandez à votre éditeur, par écrit :
- s'il est plateforme agréée ou solution compatible, et dans ce second cas avec quelle(s) plateforme(s) il est connecté ;
- à quelle date la fonctionnalité sera opérationnelle ;
- si elle est incluse dans votre abonnement ou facturée en plus.
2. Vérifier l'immatriculation
Ne vous fiez pas à une mention marketing « compatible réforme 2026 ». Vérifiez que la plateforme figure bien sur la liste officielle publiée par l'administration.
3. Poser les bonnes questions
| Sujet | Questions à poser |
|---|---|
| Formats | Quels formats sont gérés (Factur-X, UBL, CII) ? Comment les factures reçues sont-elles restituées (PDF lisible, données structurées, les deux) ? |
| Intégration | Existe-t-il une API ? Des connecteurs vers mon logiciel comptable, mon ERP, ma boutique en ligne ? |
| Réception | Comment suis-je prévenu d'une nouvelle facture ? Puis-je la valider, la rejeter, la contester depuis mes outils ? |
| E-reporting | La plateforme gère-t-elle aussi la transmission des données de transaction et de paiement (ventes aux particuliers, opérations internationales) ? |
| Archivage | Les factures sont-elles archivées, pour combien de temps, avec quelle valeur probante ? |
| Coûts | Abonnement, coût par facture, frais de mise en service, coût de sortie ? |
| Réversibilité | Puis-je changer de plateforme et récupérer mon historique ? |
| Données | Où sont hébergées mes données ? Qui y a accès ? |
4. Penser à l'e-reporting
La réforme ne concerne pas que les factures entre entreprises. Les ventes aux particuliers et certaines opérations internationales donnent lieu à une transmission de données (l'e-reporting). Un e-commerçant, par exemple, doit s'assurer que la plateforme choisie gère aussi ce volet, en lien avec sa boutique en ligne.
Quelles nouvelles mentions sur les factures ?
À partir du 1er septembre 2026, de nouvelles mentions deviennent obligatoires :
- le numéro SIREN du client ;
- la catégorie de l'opération : livraison de biens, prestation de services, ou les deux ;
- la mention de l'option pour le paiement de la TVA d'après les débits, le cas échéant ;
- l'adresse de livraison des biens, si elle diffère de l'adresse de facturation.
C'est un bon moment pour vérifier que votre fichier clients contient bien les SIREN, et que vos modèles de factures peuvent accueillir ces champs.
Comment intégrer la plateforme à vos outils ?
Pour une TPE qui émet quelques factures par mois depuis un logiciel du marché, l'intégration se résume souvent à activer une option. Pour une entreprise qui facture depuis un logiciel métier sur mesure, un ERP ou une boutique en ligne, c'est un vrai projet :
- Cartographier les flux : d'où partent les factures, où arrivent les factures fournisseurs, qui les valide.
- Structurer les données : les factures électroniques sont des données, pas des PDF. Clients, TVA, catégories d'opérations doivent être propres à la source.
- Connecter par API : la plupart des plateformes proposent une API et des notifications (webhooks) pour les changements de statut. Nous expliquons ces notions dans notre article API, webhooks, automatisations.
- Tester pendant la phase pilote ou, a minima, plusieurs mois avant l'échéance.
FAQ
Une microentreprise doit-elle choisir une plateforme agréée dès maintenant ?
Elle devra pouvoir recevoir des factures électroniques au 1er septembre 2026. Il est donc utile d'anticiper le choix, même si l'émission n'est obligatoire qu'en 2027.
Peut-on utiliser plusieurs plateformes agréées ?
C'est possible : chaque entreprise déclare dans l'annuaire où elle reçoit ses factures, et plusieurs adresses peuvent coexister (par établissement, par exemple). Pour une PME, une seule plateforme reste généralement plus simple.
Un PDF envoyé par email reste-t-il valable après 2026 ?
Non, pour les factures entre entreprises assujetties à la TVA établies en France, une fois l'obligation applicable : la facture devra transiter par une plateforme agréée dans un format électronique structuré.
Que risque-t-on en cas de non-respect ?
Le code général des impôts prévoit des amendes par facture en cas de manquement. Au-delà du risque fiscal, un fournisseur qui ne peut plus recevoir de factures électroniques risque surtout des retards de paiement et de traitement.
En résumé
À onze mois de l'échéance, le bon réflexe est simple : interroger dès maintenant l'éditeur de votre logiciel de facturation, vérifier l'immatriculation de la plateforme proposée et anticiper l'intégration si vous facturez depuis un outil sur mesure. Si votre facturation passe par une application métier ou une boutique en ligne et que vous voulez la raccorder à une plateforme agréée, contactez-nous.